Le jour où j'ai cessé d'avoir peur
Il y a des décisions que l’on repousse pendant des mois. Parfois pendant des années.
On les tourne dans tous les sens. On cherche une autre solution. On espère que les choses vont s’arranger d’elles-mêmes.
Et puis un jour, on comprend qu’il n’y a plus vraiment de choix.
Étrangement, c’est précisément à ce moment-là que quelque chose se libère.
C’est ce que je ressens aujourd’hui.
Pendant longtemps, l’idée de quitter mon appartement me faisait peur. Je me demandais comment j’allais faire. Je regardais les chiffres. Je calculais. J’espérais trouver une autre solution.
Puis, petit à petit, une évidence s’est imposée.
Je ne pourrai probablement plus vivre ici comme je l’avais imaginé.
Et c’est là que tout a changé.
Au lieu de ressentir de l’angoisse, j’ai commencé à ressentir… de l’excitation.
Comme si des portes que je croyais fermées s’étaient ouvertes.
Je me surprends à compter les mois qui me séparent de cette nouvelle vie.
Je ne rêve pas d’une existence parfaite.
Je sais très bien qu’il y aura des hivers froids. Des nuits sur des parkings. Des journées moins agréables que d’autres. Je sais que vivre en camping-car demandera de s’adapter en permanence.
Je ne l’idéalise pas.
Mais, pour la première fois depuis longtemps, j’ai le sentiment que la vie qui m’attend est une vie que j’ai choisie.
C’est une sensation étrange.
Je n’ai pas davantage d’argent qu’hier.
Je n’ai pas davantage de certitudes.
Et pourtant, je me sens plus libre.
Quand je regarde les informations et que je vois les canicules, les incendies, ou simplement toutes les contraintes auxquelles beaucoup de personnes doivent faire face dans leur quotidien, je réalise que la liberté ne dépend pas toujours de ce que l’on possède.
Elle dépend parfois de la direction que l’on décide de prendre.
Pendant des mois, j’ai eu l’impression de lutter contre une réalité.
Aujourd’hui, je ne lutte plus.
Je l’accueille.
Et je découvre que cette réalité me ressemble peut-être davantage que l’ancienne.
À bientôt soixante ans, certaines personnes se demandent ce qu’elles feront une fois à la retraite.
Moi, j’ai le sentiment de savoir enfin quelle vie j’ai envie de vivre.
Je ne sais pas exactement où elle me mènera.
Je ne sais pas quelles rencontres elle me réservera.
Je ne sais pas quelles difficultés elle mettra sur ma route.
Mais je sais une chose.
Je me sens vivant.
Peut-être que la reconstruction ne consiste pas seulement à tourner une page.
Peut-être qu’elle commence vraiment le jour où l’on cesse d’avoir peur d’écrire la suivante.
Axel Rivage

À propos d’Axel Rivage Père engagé et créateur du podcast L’Ombre Invisible, Axel documente le parcours des hommes face aux violences conjugales et aux défis de la justice familiale.
À travers ses écrits et ses témoignages, il œuvre pour que le silence ne soit plus une fatalité.
