Pourquoi je lance #PèresInvisibles
Il existe des pères présents.
Des pères qui accompagnent leurs enfants à l’école, chez le médecin, dans leurs difficultés et dans leurs réussites.
Des pères qui protègent. Des pères qui écoutent. Des pères qui doutent aussi. Des pères qui se battent parfois pendant des années pour simplement continuer à exercer leur rôle.
Et pourtant, certains d’entre eux ont parfois le sentiment de devenir invisibles.
C’est pour eux, mais aussi pour ouvrir une réflexion plus large sur la place des pères, que j’ai choisi aujourd’hui de lancer le hashtag #PèresInvisibles.
Je ne suis pas son père biologique. Pourtant, je suis son père.
Cette question de la paternité, je ne l’aborde pas comme un observateur extérieur.
Elle traverse mon histoire.
Je ne suis pas le père biologique de ma fille. Pourtant, pendant des années, j’ai été là.
J’ai accompagné, protégé, rassuré. J’ai connu les rendez-vous, l’école, les médecins, les psychologues, les avocats, les audiences, les démarches administratives.
J’ai connu aussi cette sensation étrange de devoir parfois démontrer une évidence : qu’un père peut être essentiel dans la vie d’un enfant, indépendamment du lien biologique.
C’est une partie de cette histoire que je raconte dans Renaître pour ma fille.
Mais #PèresInvisibles ne raconte pas seulement mon histoire.
Un père ne devrait pas avoir à prouver qu’il est un parent
Pendant longtemps, notre société a heureusement travaillé à reconnaître davantage les droits, la liberté et la place des femmes.
Ce combat était nécessaire et il le reste.
Reconnaître aujourd’hui certaines difficultés vécues par des pères ne consiste donc ni à remettre ces avancées en cause, ni à opposer les hommes aux femmes.
Il s’agit simplement de regarder aussi une autre réalité.
Dans certaines séparations conflictuelles, dans certaines institutions ou parfois simplement dans les représentations collectives, des pères peuvent avoir le sentiment que leur parole, leur inquiétude ou leur rôle parental sont considérés différemment.
Pourtant, lorsqu’un enfant souffre, la première question ne devrait jamais être :
« Est-ce le père ou la mère qui parle ? »
Elle devrait être :
« Qu’est-ce qui est le mieux pour cet enfant ? »
Être père, ce n’est pas seulement un statut
La paternité ne se résume pas à une ligne sur un acte de naissance.
Elle se construit aussi dans les gestes ordinaires.
Être là le matin.
Accompagner un enfant à l’école.
S’inquiéter lorsqu’il va mal.
L’encourager lorsqu’il doute.
L’emmener chez le médecin.
Écouter ce qu’il n’arrive pas toujours à dire.
Le regarder grandir.
Et parfois le protéger lorsque la situation l’exige.
Ce sont rarement des actes spectaculaires.
Mais accumulés pendant des années, ils font une relation. Ils font une histoire. Ils peuvent faire un père.
#PèresInvisibles n’est pas un hashtag contre les femmes
Je tiens particulièrement à le préciser.
Je ne souhaite pas créer une nouvelle opposition entre hommes et femmes.
La souffrance d’un homme n’enlève rien à celle d’une femme.
La reconnaissance des violences subies par certains hommes ne doit jamais conduire à minimiser celles dont les femmes sont victimes.
Et défendre la place d’un père ne signifie pas contester celle d’une mère.
La souffrance n’est pas une compétition.
Ce qui m’intéresse, c’est la possibilité d’entendre toutes les paroles lorsqu’elles sont sincères, et surtout de replacer l’enfant au centre lorsque son intérêt est en jeu.
Alors, pourquoi #PèresInvisibles ?
Parce qu’il existe probablement beaucoup d’hommes qui ne se reconnaissent ni dans les caricatures du père absent, ni dans celles du père tout-puissant.
Des hommes simplement présents.
Des pères séparés.
Des beaux-pères.
Des pères adoptifs.
Des pères qui élèvent seuls leurs enfants.
Des hommes qui accompagnent un enfant qu’ils n’ont pas engendré.
Des pères victimes de violences.
Des pères confrontés à des institutions qu’ils ne comprennent plus.
Mais aussi, tout simplement, des pères heureux d’être pères.
Je voudrais que #PèresInvisibles puisse devenir un espace où leurs histoires existent aussi.
Pas pour construire un mouvement contre quelqu’un.
Pour rendre visible ce qui ne l’est pas suffisamment.
Raconter plutôt que revendiquer
Je n’ai pas vocation à parler au nom de tous les pères.
Je ne suis ni juriste, ni psychologue, ni sociologue.
Je peux simplement raconter ce que j’ai vécu.
Et écouter ce que d’autres ont vécu.
Si des professionnels, des associations, des mères, des pères ou simplement des citoyens souhaitent participer à cette réflexion, leurs regards seront les bienvenus.
Parce que derrière les statistiques, les procédures et les débats de société, il reste toujours des histoires humaines.
Et parfois, un enfant au milieu.
Rendre visibles les pères qui sont là
Ma fille est aujourd’hui une jeune adulte.
Lorsque je regarde le chemin parcouru, je ne pense pas d’abord aux procédures.
Je pense aux années passées ensemble.
Aux moments difficiles, évidemment.
Mais aussi aux réussites, aux rires, aux projets et à tout ce qui constitue finalement une vie.
C’est peut-être cela que j’aimerais raconter avec #PèresInvisibles.
Pas seulement les combats.
Aussi les liens.
Pas seulement les injustices.
Aussi les reconstructions.
Pas seulement les pères qui souffrent.
Les pères qui aiment.
Et si ce hashtag permet un jour à un seul d’entre eux de raconter son histoire, ou simplement de se dire :
« Moi aussi, je suis là. »
Alors il aura déjà servi à quelque chose.
Axel Rivage
🎙️ Écoutez la chronique #PèresInvisibles
J’ai aussi voulu donner une voix à ces mots.
Dans cette chronique de L’Ombre invisible, je vous explique pourquoi j’ai choisi de lancer #PèresInvisibles, ce que ce hashtag représente pour moi et, surtout, ce que je souhaite qu’il devienne.Un espace pour raconter, écouter et rendre visibles ces pères qui sont là.
Parce que tous les pères ne sont pas absents.

À propos d’Axel Rivage Père engagé et créateur du podcast L’Ombre Invisible, Axel documente le parcours des hommes face aux violences conjugales et aux défis de la justice familiale.
À travers ses écrits et ses témoignages, il œuvre pour que le silence ne soit plus une fatalité.



