Violences financières : quand le manque de moyens empêche de se reconstruire

On parle beaucoup des violences physiques, des violences psychologiques, des violences sexuelles.

Mais il existe une autre forme de violence, beaucoup plus silencieuse.

Une violence qui ne laisse pas de bleu.

Une violence qui fait rarement la une des journaux.

Et pourtant, ses conséquences peuvent se prolonger pendant dix, quinze ou vingt ans.

Les violences financières.

C’est un sujet auquel je pensais déjà depuis longtemps, mais un échange récent avec le service chargé notamment du recouvrement des pensions alimentaires m’a conduit à mesurer encore davantage ce que représente la disparition brutale ou durable de certaines ressources.

Parce que lorsque l’argent manque, ce n’est pas seulement un budget qui se réduit.

Parfois, c’est tout un projet de vie qui devient impossible.

Derrière les chiffres, il y a des vies

Une décision de justice contient souvent des montants.

Une pension alimentaire.

Des frais.

Des remboursements.

Des échéances.

Sur le papier, ce ne sont que des chiffres.

Mais derrière ces chiffres, il y a parfois un parent qui renonce à partir quelques jours avec son enfant.

Un autre qui repousse des soins.

Quelqu’un qui abandonne une formation faute de moyens.

Une personne qui vit constamment avec une calculatrice dans la tête, en se demandant si elle pourra finir le mois.

Et lorsque cette situation se prolonge pendant des années, ses conséquences dépassent largement la période de séparation.

Elles peuvent accompagner une personne pendant une grande partie de sa vie.

Plus de vingt ans de procédures

Dans mon histoire, cela fait plus de vingt ans que ma vie est rythmée par les procédures judiciaires.

Pendant toutes ces années, j’ai consacré une immense partie de mon énergie, de mon temps et de mes ressources à protéger ma fille.

Et aujourd’hui encore, certaines situations peuvent venir fragiliser un équilibre financier déjà difficilement reconstruit.

Avec le recul, je mesure aussi une chose : j’ai eu la chance d’acheter, il y a plus de vingt ans, un petit appartement.

Ce patrimoine représente aujourd’hui une sécurité.

Sans lui, certains projets qui me permettent de regarder à nouveau vers l’avenir seraient probablement impossibles.

Je pense notamment à mon projet de camping-car.

Pour certains, ce n’est peut-être qu’un véhicule.

Pour moi, il représente autre chose : la liberté retrouvée.

Pouvoir parcourir la France.

Rencontrer des lecteurs.

Participer à des salons du livre.

Témoigner.

Découvrir de nouveaux endroits.

Et, tout simplement, construire une nouvelle étape de ma vie.

Et ceux qui n’ont aucune sécurité ?

C’est précisément cette réflexion qui m’a amené à penser à toutes celles et ceux qui n’ont pas cette chance.

Des mères.

Des pères.

Des personnes qui ont consacré des années à défendre leur enfant ou à survivre à une séparation conflictuelle.

Et qui arrivent à 50 ou 60 ans avec moins de 1 000 euros par mois.

Sans patrimoine.

Sans épargne.

Sans filet de sécurité.

Avec parfois des rêves tout simples qu’ils ne pourront peut-être jamais réaliser.

On parle beaucoup de ce qui se passe pendant les séparations.

Mais parle-t-on suffisamment de ce qui reste dix ou vingt ans après ?

Je ne le crois pas.

Se reconstruire demande aussi des moyens

On dit souvent :

« Il faut tourner la page. »

« Il faut avancer. »

« Il faut se reconstruire. »

Oui.

Mais reconstruire une vie ne dépend pas uniquement de la volonté.

Pouvoir déménager coûte de l’argent.

Se former coûte de l’argent.

Changer de métier peut nécessiter plusieurs mois de transition.

Créer un projet demande parfois un investissement.

Voyager, retrouver une vie sociale, quitter un environnement devenu étouffant : tout cela nécessite également des moyens matériels.

La reconstruction est donc psychologique et émotionnelle.

Mais elle est aussi économique.

Et je crois que c’est une dimension que l’on oublie beaucoup trop souvent.

Les conséquences peuvent durer bien après la séparation

On entend parfois dire que le temps guérit les blessures.

Peut-être.

Mais lorsque les difficultés financières s’installent pendant des années, elles peuvent justement empêcher le temps de faire son travail.

Parce qu’on reste dans la survie.

Parce qu’on ne peut pas changer d’environnement.

Parce qu’on ne peut pas se projeter.

Parce que chaque nouveau projet commence par cette question :

« Est-ce que j’en ai les moyens ? »

C’est aussi cela, pour moi, qu’il faut mettre en lumière lorsque l’on parle de violences financières.

Elles ne s’arrêtent pas nécessairement avec la séparation.

Leurs conséquences peuvent continuer longtemps après.

Donner une voix à celles et ceux qui vivent cela

Si j’ai enregistré cet épisode de L’Ombre invisible, ce n’est pas seulement pour raconter mon histoire.

C’est aussi pour parler de toutes celles et ceux qui vivent cette réalité dans le silence.

Les violences financières existent.

Leurs conséquences peuvent durer des années.

Elles peuvent empêcher une personne de reprendre réellement sa vie en main.

Et je crois qu’il est temps que cette dimension de la reconstruction soit davantage entendue.

On parle beaucoup des violences pendant les séparations.

Parlons aussi de ce qui vient après.

Parce que reconstruire une vie ne demande pas seulement du courage.

Cela demande aussi d’avoir la possibilité matérielle de recommencer.


Écouter l’épisode

🎙️ L’Ombre invisible – Les violences financières

Axel Rivage
L’Ombre invisible
Témoigner. Alerter. Transmettre. Reconstruire.