Protection de l’enfance : les moyens expliquent-ils tout ?

Un récent article de Presse Océan revient sur le départ d’une juge des enfants du tribunal judiciaire de Nantes, après des années passées à alerter sur le manque de moyens de la protection de l’enfance.

Cette réalité est documentée.

À Nantes, des professionnels ont déjà dénoncé des délais de plusieurs mois avant la mise en place de mesures éducatives. Marie Le Verre expliquait ainsi que certaines familles pouvaient arriver à une nouvelle audience alors qu’aucun éducateur n’avait encore pu intervenir, six à neuf mois après la décision initiale. Elle a également décrit des décisions de placement restant inexécutées faute de places disponibles.

Ces situations sont inquiétantes.

Mais elles m’amènent à poser une autre question :

le manque de moyens peut-il expliquer tous les dysfonctionnements de la protection de l’enfance ?

Capture d’un article de Presse Océan consacré au départ d’une juge des enfants à Nantes après des années à demander davantage de moyens pour la protection de l’enfance.

Quand le problème n’est plus seulement matériel

Pendant plusieurs années, j’ai moi-même été confronté à la justice des mineurs et aux services sociaux.

Avec le recul, certaines questions que je me pose ne concernent pas simplement les effectifs ou les délais.

Elles concernent également :

la manière dont les dossiers sont examinés ;

les documents qui sont consultés ou non ;

les recommandations des professionnels ;

la place donnée à la parole de l’enfant ;

et finalement la décision prise par le magistrat.

Le manque d’un éducateur, d’une place ou d’un service disponible constitue une difficulté matérielle.

Mais une décision prise après examen d’un dossier relève d’une autre question :

celle de la responsabilité dans la manière de décider.

Les moyens comptent. Les décisions aussi.

Je ne souhaite pas caricaturer le travail des juges des enfants.

Ils interviennent dans des situations humaines particulièrement complexes.

Ils doivent parfois prendre des décisions extrêmement lourdes dans des conditions difficiles.

Mais précisément parce que ces décisions peuvent bouleverser durablement la vie d’un enfant, elles doivent pouvoir être questionnées.

Derrière une ordonnance, un rapport ou une mesure éducative, il y a un enfant.

Son école.

Ses repères.

Son équilibre.

Ses projets.

Et parfois plusieurs années de sa vie.

Reconnaître le manque de moyens de la justice et de la protection de l’enfance ne devrait donc pas empêcher de poser d’autres questions :

Le dossier a-t-il été examiné dans son intégralité ?

La parole de l’enfant a-t-elle véritablement été entendue ?

Pourquoi certaines pièces ou préconisations ont-elles été écartées ?

La motivation de la décision permet-elle réellement de comprendre le raisonnement suivi ?

Refuser les réponses trop simples

Il existe des placements indispensables.

Il existe des professionnels de la protection de l’enfance qui accomplissent un travail remarquable.

Et il existe aussi des familles qui estiment avoir subi des décisions profondément injustes.

Ces réalités peuvent coexister.

Il ne s’agit donc pas d’opposer systématiquement les parents aux institutions.

Il s’agit d’accepter qu’une institution aussi puissante puisse elle aussi être interrogée.

Parce qu’en matière de protection de l’enfance, une mauvaise décision n’est jamais abstraite.

Elle se vit.

Parfois pendant des années.

Les moyens comptent.

Les décisions comptent aussi.

🎙️ Écouter l’épisode de L’Ombre invisible : Protection de l’enfance : les moyens expliquent-ils tout ?