Hier soir, comme presque tous les soirs, je regardais Quotidien. C’est une émission que j’apprécie énormément, tout comme le travail de Jean-Michel Aphatie. Mais hier, j’ai été profondément choqué. En commentant les plaidoiries de la défense dans le procès du meurtre de Samuel Paty, le journaliste a affirmé qu’un avocat avait le droit de « tout dire » lors d’une audience.
Entendre cela sur une chaîne à grande écoute est terrible. Dire que l’immunité de robe est un permis de diffamer sans limite est une contre-vérité juridique. Défendre n’est pas salir. Je le sais, car je l’ai vécu dans ma chair pendant 16 ans de procédure.
Mon témoignage : 16 ans face au « permis d’humilier »
Je ne parle pas seulement en réaction à l’actualité, mais en tant que survivant de la violence judiciaire. Pendant plus de 10 ans devant le JAF et 6 ans devant le Juge des Enfants, j’ai été bafoué et humilié chaque année sur un sujet d’une intimité absolue : ma stérilité.
Chaque année, lors des rapports d’audience, l’avocate de mon ex-conjointe utilisait ma stérilité comme une arme de plaidoirie. Pour elle, ce n’étaient que des mots. Pour moi, c’était une agression qui ne s’arrêtait pas à la porte du tribunal.
En réalité, cette violence verbale se transforme très vite en violence physique. À force de subir ces humiliations répétées, j’ai vu mon corps lâcher. Si vous ressentez des tremblements, des étouffements ou une fatigue foudroyante avant ou après vos audiences, sachez que ce n’est pas « dans votre tête » : c’est votre corps qui réagit à une agression. J’ai d’ailleurs consacré un article complet sur le lien entre le conflit de garde d’enfant et les crises de somatisation ou de tétanie, un sujet trop souvent ignoré par le monde judiciaire. Pour moi, c’était une agression institutionnalisée. Contrairement à ce que dit Jean-Michel Aphatie, cette avocate n’avait pas « tous les droits« .
🎧 ÉCOUTER NOTRE CHRONIQUE AUDIO : Mon combat contre la diffamation en robe noire
1. Ce que le droit dit vraiment : L’immunité n’est pas l’impunité
L’article 41 de la loi du 29 juillet 1881 protège la parole au tribunal pour garantir la liberté de la défense. Mais attention : cette immunité ne couvre que les propos « en rapport avec la cause ».
S’attaquer à la mémoire d’un homme décapité ou à la stérilité d’un père n’apporte rien à la manifestation de la vérité. C’est un abus de droit. L’avocat est lié par un serment : il doit exercer avec humanité et délicatesse. L’humiliation n’est pas une stratégie, c’est une faute déontologique.
2. J’ai osé saisir le Bâtonnier : Pourquoi vous devez le faire
Face à cette avocate « intouchable », j’ai refusé de me taire :
- J’ai porté plainte pour diffamation.
- J’ai saisi le Bâtonnier de mon barreau.
On m’avait dit que cela ne servirait à rien. Pourtant, le Bâtonnier a contacté cette avocate pour lui demander des explications. Elle l’a très mal pris, car pour la première fois, elle devait répondre de ses actes. Leur seule puissance réside dans votre peur.
Ce combat pour la vérité a été long, mais il a aussi été le moteur de ma reconstruction. Au-delà des salles d’audience, c’est tout un cheminement d’homme et de parent que j’ai dû parcourir. Si vous traversez ces tempêtes, sachez que l’on peut en sortir grandi : je raconte cette quête de sens dans ma rubrique dédiée à la paternité et à la résilience
Pourquoi et comment saisir le Bâtonnier ?
Si vous avez été la cible d’attaques personnelles, d’insultes ou de révélations humiliantes sur votre vie privée (santé, stérilité, vie intime) qui n’avaient aucun lien avec le dossier judiciaire, vous n’avez pas à subir en silence.
Le Bâtonnier est le « patron » des avocats d’un barreau. Il est le garant de leur déontologie. Lui écrire n’est pas une « délation », c’est un acte de protection de votre dignité.
Conseils avant d’envoyer votre courrier :
- Identifiez le Barreau : Cherchez sur Google « Ordre des avocats de [Nom de la ville de l’avocat] ». L’adresse du Bâtonnier y figure.
- Restez factuel : Ne répondez pas à la colère par la colère. Citez les propos précis ou décrivez l’attitude qui vous a blessé.
- L’impact : Même si cela ne change pas le verdict de votre procès, cela oblige l’avocat à s’expliquer devant ses pairs. Comme dans mon cas, cela suffit souvent à faire cesser les humiliations lors des audiences suivantes.
Note importante : Ce courrier en recommandé est une démarche déontologique. Pour une réparation financière ou une condamnation pénale, une plainte pour diffamation ou injure peut être nécessaire en complément.
[Encadré Pratique] Modèle de courrier au Bâtonnier
Copiez-collez ce texte et adaptez les parties entre crochets.
Objet : Signalement de manquements déontologiques – Propos tenus à l’audience du [Date]
Monsieur le Bâtonnier,
Par la présente, je souhaite porter à votre connaissance les agissements de Maître [Nom de l’avocat adverse], inscrit à votre barreau, lors de l’audience qui s’est tenue le [Date] devant le [Juge des Enfants / JAF] de [Ville].
Au cours de sa plaidoirie (ou dans ses conclusions), Maître [Nom] a tenu des propos outrageants et attentatoires à ma dignité concernant [Préciser le sujet : ma stérilité, ma santé, ma vie privée]. Ces propos, dénués de tout lien avec la cause et la manifestation de la vérité, constituent un manquement flagrant aux principes de délicatesse, de modération et d’humanité auxquels chaque avocat est astreint par son serment.
En tant que justiciable, je refuse que l’immunité judiciaire serve de paravent à une humiliation gratuite. Je vous demande donc d’intervenir auprès de votre confrère pour que de tels débordements ne se reproduisent plus.
Dans l’attente de votre réponse, je vous prie d’agréer, Monsieur le Bâtonnier, l’expression de mes salutations distinguées.
[Votre Signature]
3. Comment transformer l’attaque en Pièce à Conviction
Si vous subissez cela, documentez tout :
- Notez les propos exacts : Rapportez-les dans vos conclusions.
- Le certificat d’ITT : Si ces audiences provoquent des crises de somatisation (comme je l’ai vécu), faites établir une ITT psychologique. C’est la preuve que la violence a dépassé le cadre du droit pour devenir une blessure médicale.
La justice doit rester humaine. Utiliser les failles intimes d’un parent ou d’une victime pour gagner un dossier est une méthode indigne. Sur Axel Rivage, nous continuerons de dénoncer ces dérives, car la vérité n’a pas besoin de l’humiliation pour éclater.
Si vous vous sentez broyé par cette machine judiciaire et que vous avez besoin de partager votre expérience, n’hésitez pas à me contacter directement.
À propos d’Axel Rivage Père engagé et créateur du podcast L’Ombre Invisible, Axel documente le parcours des hommes face aux violences conjugales et aux défis de la justice familiale.
À travers ses écrits et ses témoignages, il œuvre pour que le silence ne soit plus une fatalité.



